Mensonges historiques sur Esmat al-Dowleh la princesse Qâjâr

Des « fausses nouvelles » aux mensonges historiques.

Une partie déformée de l’histoire s’est glissée dans les médias sociaux et sur Internet affirmant qu’une femme de la dynastie perse qui est loin de l’idéal de beauté d’aujourd’hui était une sorte de Claudia Schiffer de la première décennie de 1900 dans ce qui est aujourd’hui l’Iran. Il s’agit de la fausse princesse Qajar, une femme à qui l’on attribue à tort le fait d’avoir eu plus de 100 prétendants et d’avoir causé le suicide de 13 hommes parce qu’elle les avaient rejetés. Tout est faux.

En effet, les images qui accompagnent cette histoire devenue virale depuis quelques annéeS sur les réseaux sociaux appartiennent en réalité à deux personnes différentes.

La réalité derrière ces images manipulées est, comme tout le reste de l’histoire, complexe et cadrée dans une période de grands changements. La photo est composée de deux princesses perses.

La première photo (à gauche de la publication) est Esmat al-Dowleh la princesse Fatemeh Khanum (1855-1905)

La seconde photo (à droite de la publication) est sa demi-sœur la princesse Zahra Khanum (1884-1936), également connue sous le nom de Taj al-Saltaneh .


Toutes deux étaient filles de Nasar al-Din Shah Qajar (1831-1896), roi de Perse entre 1848 et 1896.

Qajar était une dynastie qui a gouverné la Perse entre 1789 et 1925. Les deux princesses qui ont joué dans cette histoire appartenaient à cette dynastie et n’ont jamais été connues comme princesse Qajar, mais avaient leurs propres noms et titres explique l’historienne Victoria Martinez sur son blog.

D’autre par la légende affirmant que 13 prétendants se seraient suicidés pour la princesse Fatemeh Khanum, ne tient pas la route puisque cette princesse a été mariée à l’age de 9 ans.
Tout comme la fausse affirmation qu’elle aurait été le symbole de la beauté en Perse dans les année 1900, puisqu’elle est décédée en 1905.

La seule partie de cette histoire qui peut se rapprocher de la réalité c’est l’un des idéaux de beauté qui aurait soi-disant popularisé la princesse Qajar. C’est la moustache que les femmes ont dans ces images et qui était considérée à l’époque comme esthétique.

« Plusieurs écrits de l’époque, ainsi que des photographies, confirment que les femmes de la dynastie Qajar ont fait pousser une fine moustache comme symbole de beauté », qui était plus un duvet qu’une réelle moustache. Ce fait est décrit dans plusieurs livres, comme dans « Femmes avec une moustache et hommes sans barbe: genre et sexualité dans la modernité iranienne », dans lequel est décrite la rencontre d’une femme belge avec Esmat, en 1877, dans laquelle il décrit cette moustache sur ses lèvres supérieures.

Quant à Taj al-Saltaneh, sa demi-sœur (que l’on présente à tort comme Fatemeh Khanumsa à droite sur la publication), il s’agissait de la douzième fille de Nasar al-Din Shah Qajar.

Elle était une féministe et nationaliste qui a soutenu la révolution constitutionnelle et culturelle en Perse. » En fait, dans le livre « Souvenirs d’une princesse perse; du harem à la modernité », certaines de ses pensées sont rassemblées comme ceci :

  • « Quand le jour viendra où je verrai mon sexe émancipé et mon pays sur la voie du progrès, je me sacrifierai sur le champ de bataille de la liberté et répandrai librement mon sang sous les pieds de mes cohortes épris de liberté cherchant leurs droits. « 

Ces deux princesses n’avaient donc aucune raison d’être moquées et dégradées, et n’étaient pas non plus le symbole de la beauté comme il est dit, mais un symbole de l’avancée des femmes en Perse dans leur modernité et leur émancipation.

En attendant…….

abitofhistoryblog.comterrediran.com  – qajarwomen.org.