Non Messieurs de la fachosphère, la même petite fille n’a pas été sauvée 3 fois en 3 jours !

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INTOX. En matière d’intox, les réseaux sociaux doivent être pris avec précaution. Le mensonge n’est pas toujours là où on le croit. Voilà quelques jours que des internautes, souvent proches de l’extrême droite, s’insurgent contre une soi-disant manipulation de l’opposition syrienne.

En cause, une fillette syrienne, sauvée des décombres d’un bombardement à Alep, qui apparaît sur trois photos différentes, chaque fois portée par un homme différent. Il n’en faut pas plus pour qu’un site internet russe, puis des sites francophones de «réinformation» comme Réseau international, Antipresse ou Arrêt sur info, en déduisent qu’il s’agit d’une «manipulation». Selon eux, la jeune fille a été prise en photo à plusieurs endroits et différents moments, pour «promouvoir l’image des « casques blancs » – ces sauveteurs de jour qui deviennent rebelles islamistes la nuit».

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L’article du réseau international est partagé plus de 10 000 fois sur Facebook. «Pas même le temps de changer de pyjama ! Très dur le métier d’actrice…» commente, narquois, un internaute tandis que la publication est notamment relayée par Jean-Yves Le Gallou, ex-cadre FN et ancien eurodéputé.

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DÉSINTOX. Ces images sont largement disponibles dans les médias en ligne. Et pour cause, elles sont fournies par l’Agence France Presse (AFP), principal pourvoyeur des médias français en images et dépêches. L’hypothèse d’une manipulation est assez aisée à démonter… Car les photos ont été prises le même jour, au même endroit. A Alep.

Cette petite fille a été sauvée le 27 août 2016 des décombres d’un immeuble qui venait d’être frappé par un bombardement, dans le quartier Al-Maadi, à Alep. Au moins quinze personnes ont perdu la vie lors de cette attaque, selon l’AFP. Alep, en partie tenu par les rebelles syriens, est sous le feu du régime de Bachar al-Assad et de son allié russe depuis des mois maintenant. Les «casques blancs», ciblés par la fachosphère dans cette affaire, sont des Syriens ordinaires membres de l’organisation humanitaire Défense civile syrienne, qui font de leur mieux pour aider les populations en difficulté et à qui le Nobel de la paix aurait bien pu être remis.

Contacté par Désintox, l’auteur des clichés de l’AFP mis en cause confirme qu’il ne s’agit pas d’une mise en scène. Extraite de l’immeuble effondré par un «casque blanc», la fillette est tout simplement passée de bras en bras. Une méthode très commune lors des opérations de secours à Alep, explique le photographe, surtout lorsqu’il s’agit d’enfants. Une autre photo (ci-dessous), laissée de côté par ces sites, permet d’ailleurs de constater le passage de relais entre un porteur du fameux casque blanc et un homme à la chemise à carreaux. Un troisième homme, habillé de la combinaison jaune du secouriste, se saisira ensuite de la fillette.

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Avec ce diaporama, voici l’action de sauvetage de cette fillette reconstituée par les photos de l’agence Reuters et AFP :

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Observer une méfiance mesurée à l’égard des informations qui viennent de chaque camp du conflit syrien est une attitude judicieuse. Mais dans ce cas de figure, en l’occurrence, ces trois photos ne montrent pas une même enfant transformée en fausse égérie des sauveteurs d’Alep. Simplement une rescapée !


Conclusion :
Il suffit donc, pour les sites d’Extrême-Droite, d’une photo volontairement oubliée pour créer le doute chez certain(e)s internautes. Car non, cette petite fille n’a pas été sauvée 3 fois par 3 hommes différents !

La question est : qui essaie-t-on de prendre pour des cons ?

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Sources : LibérationAFPREUTERS


Autre(s) source(s) :